Monde
Un calme sous surveillance régnait hier dans la capitale arménienne au terme d’une nuit d’affrontements entre la police et les militants de l’opposition qui ont fait huit morts et cent trente et un blessés. Des chars, des militaires, des véhicules de transport de troupes ont été déployés sur l’avenue Machatots et la rue Loussarovitch, épicentre des troubles, ainsi que près du siège du gouvernement, a relaté hier l’Agence France Presse. Pour éviter de nouvelles victimes ou de nouveaux accrochages, Levon Ter-Petrossian, dirigeant de l’opposition assigné de fait à résidence depuis samedi matin, a appelé hier ses partisans, à rester chez eux pendant vingt jours. La veille, le président, Robert Kotcharian, avait signé un décret proclamant l’état d’urgence jusqu’au 20 mars « afin d’empêcher que l’ordre constitutionnel ne soit menacé » par les manifestants qui protestaient contre le scrutin présidentiel du 19 février, selon eux entaché de fraudes. Le décret interdit tout rassemblement et la publication par les médias d’informations non gouvernementales. « Toute tentative de participer à des rassemblements, même les plus restreints, recevra une réponse sévère », a mis en garde le chef d’état-major des armées dans une déclaration lue hier à la télévision.
La décision, prise samedi matin par les autorités, d’assigner à résidence Levon Ter-
Petrossian et d’évacuer le camp de tentes installé par l’opposition depuis le 20 février sur la place de la Liberté a mis le feu aux poudres. Près de 7 000 opposants se sont alors affrontés violemment aux troupes anti-émeutes. Depuis l’élection du 19 février dernier, qui a vu la victoire avec 52,8 % des voix de Serge Sarkissian, candidat du pouvoir et dauphin de l’actuel président, des dizaines de milliers de manifestants se sont réunis tous les jours sur cette place pour dénoncer les fraudes et exiger un nouveau scrutin. La Cour constitutionnelle devrait étudier cette semaine un recours en annulation du vote déposé par l’opposition. L’organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), qui avait estimé le déroulement du srutin « dans l’ensemble conforme » aux principes démocratiques, a dépêché hier un émissaire dans la capitale arménienne pour « essayer d’amener les deux parties à la table des négociations ».
C. B.